February 23, 2026

Est‑ce qu’on construit encore pour « durer toujours » ?

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Quand on construisait « à l’époque », l’enjeu principal, c’était surtout la trace laissée dans le temps, l’image, le patrimoine culturel. Aujourd’hui, pour les ingénieurs de conception, la question est beaucoup plus terre‑à‑terre : carbone, coûts, et workflows plus fluides pour tenir les délais et les marges. Dans cet article, on prolonge le débat ouvert par Dezeen sur la longévité des bâtiments, mais en le regardant à travers trois prismes très concrets pour les BET : carbone incorporé, réemploi et montée en puissance de l’IA pour aider les équipes à décider vite et bien sous pression.

Est‑ce qu’on construit encore pour « durer toujours » ?

Au XIXᵉ siècle, beaucoup de bâtiments publics étaient pensés pour traverser les siècles, alors qu’une grande partie du tertiaire actuel est remplacée ou lourdement transformée en moins de 30 ans, bien avant la fin de vie technique des matériaux. Ce qui bloque, ce n’est pas la structure, c’est l’usage : on conçoit désormais pour coller à des programmes mouvants, des normes qui évoluent vite, et des attentes utilisateurs qui changent plus vite que le béton ne sèche.

C’est pour ça que le Panthéon à Rome fonctionne toujours comme lieu de rassemblement près de 1900 ans après sa construction, alors que des hôpitaux ou bureaux des années 70–80 paraissent déjà hors jeu en plan, réseaux et performance. La mode n’aide pas : le parc de maisons victoriennes massivement démoli dans les années 60 est aujourd’hui rénové et valorisé, preuve que le « goût architectural » est une boussole très peu fiable pour décider de ce qui mérite de durer.

Pantheon (outside and the ceiling inside), show architectural durability over 1900 years.

Deux trajectoires : ultra‑long terme ou assumé temporaire

Le débat se structure autour de deux stratégies qui coexistent. D’un côté, des projets qui assument un horizon bien au‑delà des 50–100 ans habituels, notamment certaines infrastructures pensées pour survivre à plusieurs générations et à plusieurs cycles climatiques. De l’autre, des ouvrages dont on sait pertinemment que l’usage sera limité dans le temps (data centers, entrepôts logistiques, équipements d’événementiel, certains stades), et où l’objectif devient plutôt de limiter la matière et de maximiser la réversibilité.

L’Expo 2025 Osaka Grand Ring illustre bien ces tensions : pensée comme la plus grande structure bois démontable au monde, avec l’ambition de durer un siècle, elle est déjà en cours de démontage, et une partie du bois pourrait finir à l’incinération plutôt qu’en réemploi, ce qui a fortement fait réagir la communauté. Cet écart entre narratif de départ et réalité de fin de vie montre pourquoi les équipes de conception ont besoin de workflows solides pour tracer les composants, documenter les scénarios de réemploi et aligner tout le monde dès le début sur ce qu’on fera vraiment du bâtiment à l’échéance.

Le Grand Ring de Fujimoto a été reconnu comme la plus grande structure en bois au monde. Photo de Lizzie Crook, publiée sur ArchDaily.

Entre « coup de cœur », flexibilité et cahier des charges

Une vision, assez répandue, consiste à dire qu’un bâtiment dure parce que les gens l’aiment : qu’ils s’y sentent bien, y projettent quelque chose, y trouvent une place dans la vie de la ville. Le risque, rappelé par plusieurs spécialistes de la conservation et du réemploi, c’est que « concevoir pour être aimé » vire très vite à l’ego : personne ne peut prévoir ce que les usagers de 2060 considéreront comme beau ou dépassé.

Pour les bureaux d’études et maîtres d’ouvrage, l’approche pragmatique, c’est plutôt de viser des bâtiments flexibles, presque « génériques » dans le bon sens du terme : belles hauteurs libres, structures robustes, trames régulières, réseaux pensés pour être repris. Les maisons géorgiennes, les silos industriels ou les halles du XIXᵉ fonctionnent si bien en reconversion parce que leurs volumes et leur logique structurelle laissent beaucoup de marge, même quand le programme initial a totalement disparu. On le voit tous les jours : d’anciens entrepôts accueillent désormais des bureaux, des écoles, des tiers‑lieux, sans que la structure de base ait bougé.

Construire pour démonter, avec l’IA comme copilote

Un frein majeur au réemploi, c’est la manière dont on construit aujourd’hui : systèmes hyper optimisés mais quasi « collés » les uns aux autres, façades composites, produits hybrides, détails de jonction très techniques qui rendent le démontage propre presque impossible. D’où l’essor du « design for disassembly » et de la construction circulaire, qui passent progressivement du statut de niche à celui d’exigence dans les textes français, avec une insistance croissante sur la traçabilité, la réversibilité et la logique par composants.

C’est précisément là que l’IA et les workflows agentiques deviennent de vrais alliés pour les BET :

  • Repérer le potentiel de réemploi : un copilote IA peut passer au crible DOE, maquettes BIM, photos et CCTP pour identifier les éléments à forte valeur de réemploi (menuiseries, planchers techniques, structures acier, équipements CVC) et les confronter automatiquement aux contraintes techniques et réglementaires actuelles.
  • Automatiser les études de variantes : en croisant données carbone, coûts et phasage, l’IA peut comparer des scénarios « conserver/rénover » vs « démolir/reconstruire » et pré‑rédiger notes et annexes pour les phases faisabilité, APS ou DCE.
  • Accompagner REP Bâtiment et économie circulaire : avec REP et les obligations de suivi des déchets, les équipes doivent documenter précisément les flux de matériaux ; un copilote peut pré‑remplir les formulaires, consolider les quantités et maintenir la cohérence documentaire au fil des itérations.

Temelion se positionne exactement sur ce créneau : simplifier la lecture de la documentation, automatiser la rédaction technique et la comparaison de scénarios pour que les ingénieurs puissent se concentrer sur les choix techniques, carbone et réemploi qui font vraiment la différence sur un projet.

Pour les ingénieurs de conception basés en France, la longévité et l’adaptive reuse ne sont plus des débats théoriques d’école d’archi, mais des contraintes qui impactent vos tableurs, vos plannings et vos marges. Entre RE2020, les stratégies ESG des donneurs d’ordre, la pression pour rénover plutôt que construire en neuf et un contexte de coûts tendus, le réflexe « on rase et on recommence » devient de plus en plus difficile à défendre.

Pour creuser le sujet, vous pouvez aussi consulter notre article sur le Green Building Movement, qui revient sur la logique cycle de vie et la place du réemploi, ainsi que notre analyse sur l’IA agentique et la réduction du gaspillage matière, qui montre comment ces outils peuvent soutenir très concrètement les stratégies de réemploi de composants et matériaux. Et si vous voulez voir comment Temelion peut s’intégrer dans vos workflows de pré‑construction pour éclairer ces décisions plus vite, notre équipe se fera un plaisir d’en discuter avec vous.